• Valentin Zellweger, Ambassadeur suisse: «L’Onu restera le forum où nous forgeons notre futur »

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    Valentin Zellweger, suisse, afrique, kenya, diplomatie, onu, cpiDocteur en Droit international public, ancien chef de cabinet du premier Président en exercice de la nouvelle Cour pénale internationale (Cpi) à Genève, négociateur de la Suisse pour le retour de l’argent des potentats, l’ambassadeur Valentin Zellweger était, jusque-là, la voix de son pays auprès de l’Onu et des autres organisations internationales. Alors que le multilatéralisme est attaqué et que les Nations unies ont 75 ans, le représentant permanent de la Suisse a bien voulu recevoir « Le Soleil », pour éclairer le monde, avant de rejoindre son nouveau poste d’ambassadeur au Kenya, en Afrique, le «continent de l’espoir», dit-il.

    L’Organisation des Nations unies et la Suisse célèbrent, cette année, les 75 ans de la Charte de l’Onu. Cette dernière qui fait parfois l’objet de critiques est-elle encore nécessaire au 21ème siècle ?

    Que ferait-on sans elle ? Nous avons besoin de nous parler, de coopérer, de résoudre ensemble les défis mondiaux. L’Onu permet d’éviter les conflits ; elle fait la promotion du développement et des droits humains. Sans les Nations unies, nous ne serions pas là où nous en sommes aujourd’hui. L’Onu mène un travail difficile et complexe qui implique de la coopération non seulement au niveau des États mais aussi de la société civile qui joue un rôle important, du monde académique, du secteur privé, etc. L’Organisation des Nations unies restera le forum où nous allons forger notre futur.

    Votre pays, la Suisse, qui est un pays neutre, veut aller au Conseil de sécurité. Qu’est-ce que cela pourrait apporter pour le développement de la paix et des droits humains ?

    Cela fait 18 ans que la Suisse a adhéré aux Nations unies (en 2002), c’est donc relativement récent. Il est logique, aujourd’hui, qu’elle fasse partie du Conseil de sécurité qui est un des organes les plus importants de l’Onu pour parler de paix, de sécurité et de droit humanitaire. C’est une volonté que la Suisse avait annoncée dès le début de son adhésion. Le rôle de la Suisse serait de contribuer à mieux se faire comprendre, de forger des solutions et des consensus, d’éviter des conflits. La neutralité, c’est un message de paix, nous avons une armée, mais elle nous sert à nous protéger, pas à attaquer.

    Pensez-vous que la Suisse, avec ses bons offices, pourrait faire comprendre aux autres membres du Conseil de sécurité que le veto ne sert pas à faire avancer l’Humanité ?

    Je ne vous cache pas que la Suisse n’aime pas le veto. Je pense que le veto est antidémocratique. La Suisse adhère au principe d’une voix par État. Elle pourrait rendre le Conseil de sécurité plus transparent, plus inclusif et l’ouvrir aux autres membres. La Suisse essayera de jouer un rôle constructif dans la mesure du possible surtout pour des questions humanitaires. Elle pourrait faire la différence, car parfois on oublie qu’on parle d’êtres humains.

    Quelle différence faites-vous entre la diplomatie bilatérale et celle multilatérale ?

    C’est comme la différence entre une équipe de football et un match de tennis. Quand on travaille en multilatéral, il y a différents intérêts, différentes positions. Les deux sont complémentaires, mais beaucoup de problèmes ne peuvent pas se résoudre en bilatéral.

    Dans quelques mois, vous allez servir votre pays au Kenya. Concrètement, qu’est-ce qui changera par rapport à votre position actuelle à Genève ?

    Je ne passerai plus mes journées dans les salles de conférences, mais en discutant avec mes partenaires au Kenya et également en voyageant, en faisant la connaissance des Kenyans. C’est un choix délibéré de ma part d’aller au Kenya, car j’avais commencé ma carrière dans ce pays et j’ai toujours gardé une affection et un intérêt pour le développement en Afrique.  Avant Genève, je suis allé trois mois au Congo pour me préparer. À Genève, le travail est abstrait parce que nous sommes comme dans une bulle. Je veux voir le concret, les résultats de ce qu’on fait ici.

    Il y a plusieurs organisations internationales dans cette cité. Que fait-on à Genève exactement ?

    À Genève, on trouve des solutions, on travaille sur des normes, des standards. Par exemple, nous avons la même définition de la grippe à Genève et au Sénégal. Ce n’est pas un hasard, c’est le travail de l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Le travail d’harmonisation sur les normes est fait aussi par l’Organisation internationale du travail (Oit), etc., quand les conséquences de la pandémie se feront sentir. Genève est la plaque tournante pour les Objectifs de développement durable (Odd).

    Quel a été le travail de la Suisse sur le retour de l’argent volé aux Africains ?

    Cela ne concerne pas seulement l’Afrique. La Suisse a tourné une page, elle ne veut plus avoir cet argent ici. Elle a voté une loi pionnière qui permet aux autorités de restituer cet argent. C’est un partenariat ; on travaille étroitement avec les pays concernés pour que la population puisse en bénéficier. Ainsi, on développe une durabilité des mécanismes qui va renforcer une amitié entre ces pays et la Suisse. La conséquence est de renforcer les relations bilatérales avec les pays concernés.

    Que représente l’Afrique pour vous personnellement ?

    Si je devais donner un mot, ce serait l’espoir. J’ai un grand intérêt intellectuel pour ce qui se passe en Afrique. Elle a un potentiel économique avec une population jeune. Et il y a aussi le côté affectif : j’adore l’humour africain, la capacité à prendre du temps, se mettre à l’aise et à se connaître avant de discuter sur les questions d’intérêts. Je me réjouis de poursuivre cette expérience au Kenya.

    Propos recueillis, à Genève, par El Hadji Gorgui Wade Ndoye

    Source: http://lesoleil.sn/valentin-zellweger-representant-de-la-suisse-aux-nations-unies-lonu-restera-le-forum-ou-nous-forgeons-notre-futur/

     

     

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  • 75 ans des Nations-Unies, Relations Afrique Suisse sous le regard d'un diplomate suisse.

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    Valentin Zellweger, Suisse, Afrique, ONU, charte, Conseil de sécuritéLe "Gingembre de ContinentPremier" a l'honneur de recevoir, ce vendredi 10 juillet 2020, à 11H30, le représentant suisse auprès des Nations Unies à Genève. L'Ambassadeur Zellweger est notre premier invité dans le volet consacré à la célébration des 75 ans de la Charte des Nations Unies. Certes l'ONU a permis des avancées notables sur le plan des droits humains mais l'organisation mondiale est elle encore nécessaire au 21ème siècle? Quel rôle la Suisse joue ou pourra davantage accomplir si elle accède au Conseil de sécurité un voeu récemment exprimé par le Conseil fédéral? Comment définir l'importance de la diplomatie multilatérale eu égard à son expérience d'Ambassadeur de la Suisse auprès de l'ONU? Quels sont les grands moments de négociations qui l'ont marqué à Genève? Ayant pratiqué de nombreux diplomates africains, quel est son regard sur la diplomatie africaine? Comment voit il sa nouvelle mission au Kenya, en terre africaine? Autant de questions sur lesquelles M. Valentin Zellweger nous donnera son éclairage de fin diplomate et de connaisseur de la géopolitique internationale.

    Entretien à voir en direct sur la page facebook : https://www.facebook.com/gorguiwadendoye

    - El Hadji Gorgui Wade NDOYE - PDG - ContinentPremier.Com

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