18/08/2011

‘Les personnes sous alimentées ne peuvent pas attendre!

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C'est le cri d'alarme que lance Elisabeth Byrs, porte-parole du Bureau de la coordination de l'action humanitaire des Nations Unies à Genève :

La solidarité internationale s'organise pour sauver encore des vies mais l'argent arrive lentement. L'appel d'urgence de l'Onu estimé à 2, 4 milliards de dollars est financé à 48 %. La famine, qui sévit dans la Corne de l'Afrique, affecte 12,4 millions de personnes en Somalie, au Kenya, en Ethiopie et à Djibouti. Ces chiffres augmentent de jour en jour malheureusement et, il faut faire vite, car chaque jour des victimes meurent. A Genève, la porte-parole du Bureau de coordination humanitaire des Nations unies, Elisabeth Byrs, décrit une situation difficile et chronique et en appelle à plus de solidarité.

ContinentPremier.Com: Comment décrivez vous la situation dans la Corne de l'Afrique?

Elisabeth BYRS : La situation est dramatique. Elle se détériore rapidement et elle doit être prise à bras le corps de façon urgente. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de façon exponentielle depuis les trois derniers mois dans la Corne de l'Afrique. Et ce facteur, combiné à un très faible pouvoir d'achat des populations les plus pauvres, fait que la situation empire. De plus, les conditions d'accès restreintes à certaines régions en Somalie font que de plus en plus de personnes souffrent de la faim.

Peut-on parler de chronique déjà annoncée?

Certainement, car la sécheresse dans cette région est récurrente et la situation n'est pas nouvelle. Les agences humanitaires de l'Onu et les Ongs ont sans cesse essayé d'alerter l'opinion et les bailleurs de fonds sur la situation. En 2010, des appels financiers étaient lancés pour la Somalie, Djibouti, le Kenya et l'Ethiopie. L'appel pour la sécheresse en Somalie n'était pratiquement pas financé. Après six mois, il n'avait reçu que 20 % des 39 millions de dollars nécessaires pour l'aide humanitaire ! Il a fallu attendre que cinq régions de Somalie soient déclarées en état de famine pour que les opinions commencent à s'émouvoir ! Maintenant, la situation est plus grave et il n'y aura pas d'amélioration avant les prochaines pluies en 2012. De plus, la situation alimentaire dans certaines régions du Nord de la Somalie commence aussi à devenir préoccupante.

Que fait l'Onu pour soutenir les populations?

L'Onu, en alerte depuis fin 2010, a décuplé ses opérations, renforcé ses programmes humanitaires et notamment en direction des réfugiés, ceux qui fuient la sécheresse en Somalie et s'entassent dans les camps au Kenya ou en Ethiopie. Cette réponse d'urgence doit se poursuivre et vite sinon d'autres vies seront en danger. Avec ces opérations d'urgence, il faut en même temps penser au moyen et long terme et développer le soutien au secteur agricole et c'est ce que la Fao est en train de développer.

En Somalie, depuis le 27 juillet, 97 tonnes de plumpy nut (patte alimentaire enrichie) ont été distribuées dans la région de Geddo et Juba pour traiter environ 34 mille enfants de moins de cinq ans. Des repas sont également fournis dans cette région aux personnes déplacées. Le but étant d'atteindre bientôt 25 mille repas par jour.

Dans le corridor d'Afgoye, où s'entassent des milliers de déplacés, plus de 11 millions de litres d'eau potable sont distribués à 30 mille personnes réfugiées dans 55 camps. Tout cela n'est qu'un petit exemple des programmes humanitaires de l'Onu. Il faut y ajouter les campagnes de vaccination, les ponts aériens, la désinfection des sources d'eau, etc. Et cela dans toutes les régions où nous avons accès.

Parlez nous de l'évolution du financement de l'aide d'urgence et des principaux pays donateurs ?

Il va falloir trouver rapidement plus de financement, car les besoins deviennent de plus en plus importants. Il nous faut 2,4 milliards de dollars pour répondre à cette crise et nous n'en avons que 1,2 milliard pour le moment. Il faut trouver encore 1,2 milliard. L'appel pour la Corne de l'Afrique est financé à hauteur de 48 % pour le moment. L'argent arrive, mais lentement. Nous remercions tous les bailleurs de fonds qui ont déjà contribué, mais il faut soutenir l'effort. Les personnes sous alimentées ne peuvent pas attendre.

Chaque jour, des enfants meurent et cet argent c'est la vie. Le Fonds d'intervention d'urgence de l'Onu (Cerf), a déjà alloué 107 millions de dollars pour cette crise. Quant aux donateurs, ils sont nombreux, Etats, Fondations, personnes privées, mais il faut que l'effort soit soutenu. Les petits pays comme le Liechtenstein, l'Estonie ou le Qatar ont répondu présent. L'Europe, l'Amérique, la Russie, la Corée, le Japon et bien d'autres aussi soutiennent l'effort. Le plus vite l'appel sera financé à 100 %, le plus efficace sera la réponse.

Propos recueillis par El Hadji Gorgui Wade NDOYE

 

07:40 Publié dans Nations Unies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : onu, elisabeth byrs, djibouti, somalie, aide internationale, 2011 sécheresse, corne de l'afrique | | |  Facebook | | | | Gorgui Ndoye

17/08/2011

Djibouti : Un pays en construction.

Au plan économique, le pays connaît un regain de croissance depuis 2006, avec un taux de croissance moyen supérieur à 5%. Ces bons résultats s'expliquent par la forte progression de ses échanges commerciaux avec la Chine ainsi que par d'importants investissements directs à l'étranger en provenance des pays arabes (Dubaï, Arabie Saoudite), qui ont connu une progression de 25% en 2008. Pour lutter contre les pirates, le pays qui mène une diplomatie de développement et de paix va abriter un centre de lutte contre la piraterie maritime, selon le porte parole du gouvernement, Abdi Houssein Ahmed, Ministre de la Culture et de la Communication.

GENEVE- Avec l'Union Internationale des Télécommunications (UIT), Djibouti veut développer de nouvelles pages de coopération qui permettront d'accompagner le boom des Ntics dans le pays (entre 2002/3 et 2010, le nombre d'abonnés à Internet est passé de 0 à 200 mille). Le pays veut s'équiper pour accueillir prochainement ses 400.mille abonnés soit près de la moitié de la population.

Notons que le pays ne dispose pas encore de radio privée mais le ministre n'est pas contre l'installation de chaînes privées. «  Ce serait intéressant que des jeunes puissent s'investir dans ce domaine » a annoncé le Ministre Abdi Houssein Ahmed, qui nous recevait à la représentation de son pays à Genève, en présence de Mohamed Siad Doualeh, Ambassadeur, Représentant permanent de la République de Djibouti et Président du Groupe des ambassadeurs francophones. Le Ministre fera remarquer qu': « il n'y a pas de journaliste emprisonné à Djibouti ni de prisonnier politique ni d'opinions.». Pour lui la limite à observer c'est de ne pas inciter les populations à la violence. Il rappelle que « Le Président Guelleh a formé au mois de mai dernier un nouveau gouvernement composé de jeunes technocrates résolument tournés vers l'action et qui vont s'investir dans la durée pour l'industrialisation, le développement du commerce, l'assainissement des finances publiques, la lutte contre la corruption naissante etc...). M. Abdi Ahmed a fortement insisté sur le fait que pour mieux inscrire son pays vers l'avenir, le Président Ismail Omar Guelleh a créé un nouveau ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche. De 2005 à 2010, le pays compte 5.000 étudiants. Un campus universitaire est en construction pour mieux les accueillir ainsi que d'autres étudiants africains. Concernant, l' Organisation Mondiale pour la Protection de la Propriété Intellectuelle (OMPI), Djibouti entend également faire bénéficier sa population de programmes de renforcement de capacité dans le domaine de la protection du droit d'auteur. Le pays veut se doter d'une stratégie nationale de développement du droit d'auteur. Pour l'élargissement de sa représentation au niveau mondial, quatre nouvelles ambassades seront ouvertes en Allemagne, Russie, Afrique du Sud et au Koweït. La construction d'un chemin de fer reliant le Nord du pays et l'Ethiopie un des grands partenaires commerciaux (avec la Chine, Dubaï, Arabie Saoudite, France) est à l'étude. Concernant le secteur énergétique qui est une des grandes priorités du gouvernement car l'énergie coûte cher à Djibouti, le pays a trouvé avec l'Ethiopie une bonne affaire remarquable dans le cadre de la solidarité des peuples africains. Pendant la période chaude, l'Ethiopie fournit 30 méga watts à Djibouti et pendant la saison fraîche, c'est Djibouti qui fournit autant à l'Ethiopie ! Par ailleurs un projet de géothermie était très avance mais bloqué par la situation économique difficile que traverse l'Island le pays partenaire. Le pays s'engage à développer les énergies renouvelables en investissant dans les éoliennes et le solaire.

Selon des données publiques, on apprend qu'en raison de dépassements budgétaires importants, le FMI n'avait pas renouvelé la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) après 2002. A cette date, 42 % de la population vivait avec moins de deux dollars par jour. Le taux de chômage s'élève à près de 56 %, ce pourcentage dépassant les 60 % au sein des groupes les plus défavorisés au plan économique. En 2007, le gouvernement lance une nouvelle initiative socioéconomique, l'Initiative nationale pour le développement social (INDS), qui repose sur les principes du Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) et sur les objectifs visés par ce dernier, à savoir réduire le chômage et diminuer les inégalités. En septembre 2008, les bonnes performances économiques de Djibouti ont favorisé l'octroi par le FMI d'une nouvelle FRPC, d'une durée de trois ans (2008-2011) et d'un montant total de 20 millions de dollars US. Le revenu par habitant relativement élevé (1235 dollars en 2009) place Djibouti parmi les pays à revenu intermédiaire tranche inférieure.

Centre de la lutte contre la piraterie maritime

Les relations avec les pays occidentaux jugées bonnes, se sont renforcées après le 11 septembre 2001. Djibouti accueille, depuis 2002, une base militaire américaine (1300 hommes) dans le cadre de la lutte anti-terroriste. « Cette base s'est installée à camp Lemonnier, qui abritait auparavant la Légion Française », renseigne la diplomatie française. Les Forces d'auto-défense japonaises sont également sur le point d'ouvrir une base permanente à Djibouti, apprend on. Le porte-parole du Gouvernement nous a fait part, à Genève, de la construction d'un bâtiment qui sera un grand centre de la lutte contre la piraterie pour mieux protéger les côtes. On sait par ailleurs que l'opération Atalante disposait de bases en Djibouti. Ce pays se veut une plaque tournante de la surveillance de la piraterie maritime. « Le Président Guelleh a donné tout son temps et de son énergie pour que la Somalie retrouve le calme.», souligne le porte parole du gouvernement. En effet, « Djibouti est un acteur important du dossier somalien. Apres avoir été à l'origine des accords d'Arta (août 2000), Djibouti a été en 2008 le cadre de la négociation entre le gouvernement fédéral de transition et l'Union des tribunaux islamiques», martèle la diplomatie française. Les discussions ont abouti aux Accords de Djibouti en août et décembre 2008, précédant la mise en place d'un nouveau gouvernement transitoire à Mogadiscio, dirigé par Sheikh Sharif depuis son élection en janvier 2009.

En octobre prochain, Djibouti, qui se définit comme un pays multiculturel, organisera les Assises nationales de la culture autour de la grande question « c'est quoi la culture ?». Il s'agit, renseigne le Ministre en charge de ce secteur de donner des référents solides aux générations futures pour mieux renforcer la stabilité du pays et cimenter la nation djiboutienne qui reste attachée à une stabilité dans la Corne de l'Afrique.

El Hadji Gorgui Wade NDOYE, 

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18:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : djibouti, abdi houssein ahmed, mohamed siad doualeh, sécheresse, corne de l'afrique | | |  Facebook | | | | Gorgui Ndoye

Djibouti : la sécheresse va -t-elle annihiler l'histoire économique réussie du pays ?

A Genève pour rencontrer les responsables de l'Union Internationale des Télécommunications (UIT) et de l'Organisation Mondiale pour la Protection de la Propriété Intellectuelle (OMPI), Abdi Houssein Ahmed, ministre de la culture et de la communication et porte-parole du gouvernement de Djibouti a rencontré quelques journalistes de la presse nationale et internationale en Suisse pour sensibiliser l'opinion sur l'impact négatif de la sécheresse qui sévit dans la corne de l'Afrique.

GENEVE- Alors que son pays qui engrange des succès économiques continus avec une croissance de 4 à 5,2% depuis 7 ans, se veut un pôle régional dans tous les domaines, le ministre djiboutien lance un cri d'alarme. L'appel d'urgence pour Djibouti évalué à 30 millions de dollars a reçu un financement de 11 millions de dollars, à peine la moitié, pourtant Abdi Houssein Ahmed tient à remercier la communauté internationale tout en l'encourageant à soutenir ses efforts. L'enjeu est de taille car le Président Ismail Omar Guelleh, le successeur de Hassan Gouled, au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1977 jusqu'en 1999, place son troisième mandant sous le signe de « l'Exigence ».

 

Situation difficile

 

Le ministre djiboutien, porte parole du gouvernement, Abdi Houssein Ahmed, ne souhaite pas passer sous silence la sécheresse qui touche 120.000 personnes soit 50% de la population rurale de son pays. Ce sont les femmes, les enfants et les femmes enceintes qui sont les plus vulnérables. La malnutrition chronique sévère ou modérée marque au fer des populations travailleuses et d'une grande dignité. Le cheptel agonise. 70 à 80 pour cent des troupeaux sont touchés par la sécheresse.  Le gouvernement djiboutien a depuis le mois de novembre 2010 évalué les besoins afin que la situation ne se détériore. Dans un premier temps, l'Etat a mobilisé 1,2 million de dollars pour soulager les populations avant de se tourner vers la solidarité nationale. Un appel à la population a été lancé et des collectes organisées. A cet effet un compte de solidarité nationale est ouvert. Le Ministre de l'intérieur est le point focal qui travaille de concert avec trois autres ministères sectoriels (santé, agriculture et hydraulique) pour apporter un secours réel et humain. Ailleurs, c'est la famine, mais ici, on souffre des conséquences atroces de la sécheresse qu'il faut combattre. Somaliens et Ethiopiens viennent trouver refuge à Djibouti. Près de 2.200 personnes sont venues rejoindre les 20.000 réfugiés déjà présents sur place. Des organisations humanitaires internationales comme le Programme alimentaire mondial (PAM), le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) apportent leur aide. « Heureusement, nous n'avons pas encore noté des tensions entre nos populations et les réfugiés. Les Djiboutiens ont une fibre solidaire qui facilite la cohabitation. Nous avons une population toujours prête à apporter un secours» souligne le Ministre.

Le gouvernement djiboutien ne voudrait pas voir ses progrès économiques ensevelis dans le sable mouvant de la sécheresse. D'où cet appel à un effort accru de la part de la communauté internationale pour faire face aux conséquences désastreuses de la sécheresse et de la famine qui sévissent dangereusement sur la Corne de l'Afrique. Djibouti (23.000 km² avec une population de 883 000 habitants (Banque mondiale, 2008) avec un PIB par habitant qui s'élève à 1235 $ (2009), qui développe une diplomatie au service du développement et de la paix sera -t-il entendu ?

El Hadji Gorgui Wade Ndoye(ContinentPremier.Com)