Les tueries de Christchurch des "actes islamophobes"? Par Maître Bakary Diallo - Paris

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Bakary Diallo, Terrorisme, Nouvelle Zelande, islamophobie, La sémantique pousse pourtant à constater que le terme est totalement impropre.

D’un point de vue étymologique, le suffixe « phobie » désigne une peur paranoïde, quelque chose de maladif et d’irraisonné. L’expression évoque l’irrationnel et le pathologique, alors que les actes commis sont des actes lâches, mais, réfléchis, planifiés et exécutés dans une parfaite rationalité.

Cette assimilation à la maladie mentale a cela de provocant qu’elle exclut du champ des actes condamnables les manifestations haineuses qui trouvent en elle leur justification.

Ne déresponsabilise-t-elle pas celui qui, finalement, ne fait que subir sa phobie ?

Comment en effet condamner une simple peur ou une panique de ce que l’on ne connait pas ?

La tuerie de Christchurch n’est pas un acte irraisonné de la peur ou de la panique du musulman. Il s’agit d’un acte terroriste au même titre que les actes de terroristes djihadistes motivés plus par la haine que par la peur ou la religion.

Qu’une religion au non de laquelle des détraqués partant d’une lecture erronée tuent et assassinent suscite des interrogations voire une certaine « peur » chez ceux qui ne la connaissent pas est tout à fait concevable. Mais tout ceci doit être parfaitement détachable de la haine crasse qu’éprouvent ces racistes et autres idéologues des ténèbres qui l’expriment par le bout de leurs fusils ou par leurs plumes, tout philosophes, écrivains, éditorialistes et politiques qu’ils peuvent être.

L’islamophobie renvoie sémantiquement à la peur de la religion musulmane, et ne saurait donc, au sens strict du terme, suffisamment recouvrir ces formes d’expression racistes.

Même si, nombreux sont ceux qui, derrière cette peur des musulmans, affichent en fait une forme de racisme non assumée, voire, au contraire, une aversion parfaitement revendiquée, il convient toutefois de ne pas opérer de confusion entre discrimination raciale et religieuse, d’une part, et interrogations voire incompréhension à l’égard d’une religion d’autre part.

Pourtant, paradoxalement le mot aboutit à mettre sur un même pied d’égalité la critique de certaines pratiques religieuses qui peut parfaitement relever de la liberté d’expression et les manifestations de haine à l’égard de l’islam et de ses croyants.

Le concept, ainsi accepté, souffre d’équivocités qui ne servent a priori ni la cause de ceux qui luttent ardemment contre les discriminations envers les musulmans qui existent et qui sont condamnables ni la liberté de ceux qui souhaitent porter leurs critiques sans haine particulière sur certaines pratiques religieuses qu’elles relèvent de la religion musulmane, chrétienne ou juive.

Il convient de toujours bien nommer ce que l’on dénonce et souhaite combattre. Les actes de haine envers l’autre, en ce qu’ils tombent sous le coup de la loi pénale, doivent connaitre une qualification exacte et un traitement dissocié. Lorsque l’on se réfère, en effet, à l’incrimination des actes, l’on se doit d’être précis, sous peine de porter atteinte à d’autres principes.

Pour sanctionner pénalement, le droit a besoin d’identifier des actes et de les distinguer notamment de ce qui peut n'être qu'une simple opinion ou un sentiment.

Par Maître Bakary DIALLO

NB: Ce texte est un commentaire libre de l'auteur sur sa page Facebook.

ContinentPremier.Com a demandé l'autorisation de le reproduire. Le titre est de la Rédaction.

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Commentaires

  • De nos jours les psys se posent la question de savoir pourquoi des individus souffrent d'une peur irraisonnée en retournant jusqu'en les premiers temps de vie de ces personnes à la recherche de traumatismes refoulés jusqu'au plus profond de leur inconscient.

    Il s'agit de ce progrès qui consiste à ne plus se contenter d'aller en aval voir quoi faire mais de retourner en amont pour trouver le pourquoi d'un comportement inadapté ou d'un problème mental comme de toutes les maladies dites dégénératives. A ce sujet des études et statistiques autorisées et reconnues ont révélé que les personnes qui vivent un ou des traumatismes sans en parler en le refoulant au plus profond de leur inconscient finissent toujours par tomber très gravement malades.

    Ce qui nous éclaire, éducateurs, au point de ne plus jamais demander aux jeunes notamment de "ne pas s'écouter"!

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