09/10/2015

Dis donc, à quoi ressemble une vraie Suisse ?

Myriam Blal, Suisse, altérité, suissitude ,  xénophobie, racisme, nationalismeOn a beau avoir le sang, la nationalité, les langues, le lieu de résidence, l’arbre généalogique, les amis, les connaissances géographiques, culturelles et politiques suisses, on doit toujours faire face à la même question :

Tu viens d’où vraiment ? 

Aux yeux de mon interlocuteur, le fait d’être née à Genève, de vivre à Zurich, de parler deux des langues nationales et d’avoir de la famille suisse-allemande pure souche ne suffit pas à répondre à la question.

J’ai beau dire “suisse”, l’interrogatoire continue : “Non, mais sérieusement ?”

La moutarde me monte au nez, mais je reste stoïque : “suisse”. Le vis-à-vis rétorque “Ok, mais pas 100%?!”

Dès que j’articule le fameux “moitié suisse-allemande, moitié tunisienne”, ses yeux s’éclairent “Ah, tunisienne !”. 

Voilà qu’il est content, il a pu me mettre dans une case ! Son regard se fait triomphant et le sourire fier, il m’informe qu’il le savait et que je ne pouvais pas être “complètement suisse” avec cette tête. 

J’ignorais qu’il y avait des degrés établis de “suissitude”, mais comme d’habitude la seconde moitié a balayé la première d’un revers de main comme si c’était elle qui expliquait tout.

Qu’est-ce qui le dérange vraiment dans l’idée que je puisse être juste suisse ?

J’ai entendu cette question aux quatre coins du monde. Je la pardonnais à ceux qui n’avaient jamais vu la Suisse et qui s’imaginaient une terre de montagnes, de neiges éternelles et de “Heidi” gambadant entre les vaches et les brebis. 

J’étais prête à admettre qu’à leurs yeux, je ne correspondais pas au cliché des habitants du pays des montres et du chocolat qu’ils s’étaient construit.

Par contre, venant de quelqu’un qui connait le vrai visage de la Suisse et de sa diversité, ça frise l’impertinence et l’ignorance. Le plus étonnant étant l’insistance des “non-suisses” à vouloir absolument pouvoir me lier à eux sur un niveau étrangement symbolique. 

Lorsque je pose la question inverse : “et pourquoi ne serais-je pas suisse à 100%?” 

Je reçois cette réponse incroyable : 

Tu as l’air exotique ! 

“Exotique” fait référence à quelque chose ou quelqu’un “qui appartient à des pays étrangers et lointains” d’après le Larousse.

Je veux bien que le suisse-allemand puisse sonner “étranger et lointain” aux oreilles de la plupart des romands, il n’en reste pas moins un des symboles forts de la Suisse.

Mais bon, étant donnée que le terme était souvent associé à ma féminitié, je me suis penchée sur le concept de la “femme exotique”. Les images qui vous viennent tout de suite en tête sont probablement celles des tahitiennes des peintures de Gaugin ou autres fantasmes lubriques.

Car l’exotisme n’a pas directement de connotation érotique, pourtant on peut en déceler quelques aspects. Ne serait-ce qu’à travers l’exemple de Joséphine Baker qui était admirer pour son air sauvage, son sourire et ses tenues dévêtues. 

La femme exotique est présentée comme une femme à peine couverte, soumise à l’Homme, souriante et plus proche de la nature. Ce sont des femmes que l’on dit passionnée, hors contrôle et au désir sexuel démesuré.

Alors déjà la nature et moi, ça fait deux et pour le reste, ce sont des aprioris parfaitement insultants!

Mais “exotique” par rapport à qui? 

A la base du processus d’exotisation, on trouve d’abord le besoin de construire une Altérité. Ce besoin se fait surtout sentir après la découverte de nouveaux territoires « sauvages » et «inconnu», mais surtout peuplé d’être humains semblable à «Nous». Ce qui remets en question la définition du «Nous».

Sans vouloir en ajouter une couche, le contexte de tension qu’a amené le 11/9 et toutes ses répercussions depuis, peut être assimilé à une période d’insécurité identitaire qui demande une redéfinition du “nous” similaire, dans une certaine mesure, à celle de l’époque coloniale. 

Mais l’exotisme va plus loin que la simple construction de l’Altérité, elle reconnait l’Autre comme ayant de charmantes différences qui le rendent attractif à «nos» yeux. On regarde alors l’Autre, non plus d’une manière menaçante, mais comme un être «exotique», aux us et coutumes étranges venus d’un territoire lointain. Cette notion d’exotisme garde cette distanciation entre le «Nous» et «Eux», mais elle promeut une vision pittoresque et attractive de l’Autre.

Car un objet exotique n’est pas forcément toujours très loin du point de vue de la distance réelle, mais c’est la distance symbolique qui lui amène cette connotation d’Ailleurs lointain et différent.

Alors qu’est-ce qui me différencie du cliché suisse ? 

Après un rapide sondage dans mon entourage, j’ai pu listé les éléments suivants d’après eu j’ai les cheveux bruns bouclés-ondulés, une couleur de peau légèrement brune, des formes “généreuses”, des yeux noisettes et une démarche chaloupée.

Donc, si on prend ces caractéristiques à rebrousse-poil, on a des suissesses blondes ou rousses, à la peau blanche laiteuse, aux corps dépourvus de formes, aux yeux bleus ou verts et à la démarche coincée. 

Je sais pas vous, mais je connais pas beaucoup de suissesses qui répondent à cette description, ça se rapproche bien plus de l’idée que je me fais des femmes de l’Europe de l’Est. 

Ma foi, il semblerait bien qu’on soit tous “l’exotique” de quelqu’un d’autre…

Et qu’importe mon apparence ou les clichés qui s’en dégagent, je reste une locale de Genève et Zürich, une vraie Suisse, enrichie d’une culture tunisienne dès sa naissance, affamée de découvrir la multitude d’Ailleurs qu’offre la planète et portant avec elle tous les endroits qu’elle a déjà eu l’occasion de connaître. 

Par Myriam Blal, ancienne stagiaire à ContinentPremier.Com, rédactrice du blog :

https://petitgrainde.wordpress.com

-.-

Sources d’inspiration et de réflexions : 

https://www.psychologytoday.com/blog/millennial-media/201...

https://archive-ouverte.unige.ch/unige:3672

http://edl.revues.org/428

http://www.ted.com/talks/taiye_selasi_don_t_ask_where_i_m...

http://www.ted.com/talks/hetain_patel_who_am_i_think_again

http://www.ted.com/talks/pico_iyer_where_is_home

Fléchet A. (2007), « L’exotisme comme objet d’histoire », Hypothèses, pp. 15-26.

Moura J.-M. (1998), « La littérature des lointains : histoire de l’exotisme européen au XXe siècle », Honoré Champion, Paris, pp. 19-40.

Segalen V. (1978), « Essai sur l’exotisme : une esthétique du Divers (notes) », Editions Fata Morgana, Montpellier, pp. 22-29.

Staszak J.-F. (2008), « Qu’est-ce que l’exotisme ? », Le Globe, n°148, pp. 7-30.

Staszak J.-F. (à paraître), « La construction de l’imaginaire occidental de l’Ailleurs et la fabrication des exotica – l’exemple des koi moko maoris », Herniaux D. y Lidon A (dir.), Geografia de los imaginerarios, Barcelon/Mexico, Anthropos/Universidad Autonoma Metropolitana Iztapalapa, pp. 1-40.

Todorov T. (1989), « Nous et les autres : la réflexion française sur la diversité humain », Seuil, Paris, pp. 355-362.

Urbain J.-D. (2002), « L’idiot du voyage », Petite Bibliothèque Payot, Paris, pp. 265-270 et 283-295.

 

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Commentaires

Un vrai suisse c'est à ce qu'il a dans la tête qu'on le reconnaît et pas à la couleur de sa peau. Un vrai suisse est d'abord fier de l'être, respectueux des institutions, de son voisin de l’ordre et de la tranquillité. Il est calme réservé modeste et honnête.Il ne provoque pas le pouvoir puis qu'il le détient par les urnes et il se conforme aux mœurs et habitudes sans chercher à imposer sa loi. Il croit en la démocratie et en l'égalité des individus. Il aime son pays le sert et le défend. Et surtout il se méfie des idéologies qui peuvent mettre en péril ce qui précède. Sa couleur de peau ou son style n'entre pas en ligne de compte

Écrit par : norbert maendly | 09/10/2015

Bonjour.
J'ai beaucoup apprécié votre article et je me retrouve totalement dans tout ce que vous dite.
Vous parlez de "case" dans l'un de vos paragraphe. A ce sujet j'ai une anecdote personnelle à partager. Je suis originaire du canton de Bern et est fait mes études à l'université de Genève. Un Jour en Faisant le trajet Genève-Berne, un homme,assis avec sa femme dans le train, m'interpelle pour me demander d'où je viens, soit mes origines. Lassez d'entendre cette même question pour la xème fois depuis que je suis en âge de comprendre et m'exprimer, je lui demande pourquoi, car s'il avait une raison valable de me poser cette question, j'allais me faire plaisir de lui répondre. Il me dit "c'est juste pour savoir. Vous avez un visage atypique". Je lui réponds atypique dans quel sens. Il me dit sans complexe "à l'évidence vous n'êtes pas suissesse. Votre visage est particulier et c'est juste pour savoir, pour vous mettre dans une case". Choquée et affichée en public par ses propos insensés et la désinvolture avec laquelle il me les a balancés à haute et intelligible voix dans un wagon de train surbondé(l'heure de pointe), et dans lequel les passagers observaient tous un silence monacale pour entendre la suite de cette discussion absurde, je lui demande calmement pour qui il se prend et ajoute que je ne suis ni un objet ni un animal. J'ai conclu en lui disant que je suis suédoise, que c'est pourtant évident vu mes cheveux blonds et mes yeux bleus.
Pour l'anecdote je suis noire avec des traits asiatiques(origines lointaines). Bref certains diront qu'il a été maladroit qu'il ne faut mal le prendre mais au fil des années c'est épuisant de devoir sans cesse excuser la maladresse, la curiosité mal placée, voire la stupidité de certaines gens. La réponse à leur question se solde toujours par un malheureux "ah ok",vu que le seul but de cette question est de confirmer, dans mon cas, une évidence déjà visible, même si cette évidence ne définit pas qui je suis et ne change pas le fait que je suis suisse originaire du canton de Berne avec comme pour beaucoup d'autres personnes dans ce pays d'autres origines. Si j'avais répondu que je suis originaire du canton de Berne la discussion n'aurait mené nul part et l'insistance de cet importun n'en aurait été que plus grande.

Écrit par : Juste un être humain | 10/10/2015

Vous êtes très jolie et vous témoignez d'une intelligence rare.
Ah si toutes les suissesses pouvaient ressembler à la suissitude que vous exprimez si bien.

Écrit par : Lambert | 10/10/2015

l'ultime chimère fantasmée par l'extrême droite de ce pays , est le produit de la fécondation d'une bergère et d'un vaillant chasseur des hautes alpes de Suisse centrale.
L'explosion géologique du silex générant des sentiers forcément valaisans que parcoure le Camarade Decaillet tente à démontrer que c'est dans les sommets que se niche le 1er aout , notre rapport privilégié à Dieu.
Bon , mais moi.. par exemple , 14 générations de cultivateurs dans l'arrière terre lémanique avec un patronyme Celte, de quoi ébranler Goetel'Haine pluri spécialiste climato-génético-historico-sceptique.
Le Suisse n'existe que dans la volonté farouche d'appartenir à une construction fragile , mais exemplaire dans l'acceptation de la différence conjugué au projet rassembleur d'une fédération pluriculturelle.

Écrit par : briand | 10/10/2015

Il est de notoriété publique qu'il y a beaucoup d'étrangers en Suisse et que bon nombre de détenteurs du passeport suisse viennent d'ailleurs (j'en suis). Pourquoi en faire un complexe? Certaines personnes en auraient-elles honte? La seule bonne réponse serait-elle "suédoise"?

Je suis souvent tentée de poser cette question, par pur intérêt pour la diversité. Quand je vois une vendeuse dont la plaquette porte un nom étrange, j'ai envie de deviner si ça vient du Kirgizistan ou du Turkménistan. Suis-je pour autant raciste? Ou est-ce que ce n'est problématique qu'avec les peaux mates/ foncées? Les Suisses à peau noire sont un phénomène assez récent et qu'on ne me fasse pas le même procès qu'à Nadine Morano.

Quand, en entendant mon nom, les gens disent: "Ah! C'est pas jurassien,ça!", je ne suis pas vexée. Pourquoi le serais-je, puisque c'est vrai!

Assumez vos origines! Il n'y a aucune honte à être différent. Je trouve ça fatigant, que tout soit interprété à travers le prisme du racisme.

Écrit par : Arnica | 10/10/2015

Mignons les fantasmes de briand

Écrit par : Eastwood | 10/10/2015

"ça se rapproche bien plus de l’idée que je me fais des femmes de l’Europe de l’Est."

Si même vous, vous laissez aller à de pareils stéréotypes, où va-t-on?
Apparemment vous ne connaissez pas votre sujet:

https://www.facebook.com/Les-femmes-de-lEurope-de-lEst-sont-lune-des-plus-femmes-du-monde--252643543809/timeline/


"Un vrai suisse est d'abord fier de l'être,"

Alors je ne dois pas être un "vrai" suisse, car je ne tire aucune fierté de ma nationalité. Surtout en voyant ce qu'il devient. Quoique cela ne touche pas que la Suisse.


"de l’ordre et de la tranquillité."

C'est curieux vous ne mentionnez pas la Justice, et je ne parle pas de la "justice" des petits copains.


"Il est calme réservé modeste et honnête."

Honnête comme un banquier?


"Il ne provoque pas le pouvoir puis qu'il le détient par les urnes"

Parlez-nous donc de l'initiative sur le renvoi des criminels et de celle sur la limitation des immigrants... Où en est leur application? Parlez-nous de l'élection du cf... et des magouilles pour écarter Blocher.


"Il aime son pays le sert et le défend."

Une ville où plus de 50% des habitants ont un passeport étranger est-il encore "mon pays"? Une ville où la langue parlée dans la rue et les transports publics n'est que rarement le français, est-il encore "mon pays"?

Écrit par : Johann | 10/10/2015

Mignons, les footballeurs de l'équipe nationale suisse.
Kubilay Türkyılmaz-Johan Djouro-Xherdan Shaqiri.
ils doivent se farcir avant le match un chant religieux "le cantique suisse"
même Blatter ne doit pas en connaitre les paroles.
à propos de Blatter . l'UDC Maitre Scherb
"Sepp Blatter, notre héros national"

Il a tout d’un Arnold de Melchtal, d’un Walter Fürst ou encore d’un Werner Stauffacher, les trois Eidgenots qui ont prêté serment au Grütli, sauf qu’il est bien Valaisan.
Sa tendre épouse: C'est une immense joie d'apprendre que mon compatriote Issa Hayatou vient d'être nommé président par intérim de la Fifa!
Le prince de Garoua est bien à sa place à la présidence de la Fifa.
Ben voyons , de chez moi à la fenêtre je peux apercevoir le palace dont une suite est louée pour "un citoyen d’honneur du canton de Genève" Paul Bya qui l'occupe les trois quarts de l'année.
Mignons les fantasmes par la fenêtre

Écrit par : briand | 10/10/2015

@ Arnica,

Pareil pour moi, étant aussi un immigré intra-européen. Mon patronyme, si gracieusement sali par le vomi de l'âne Brhi-han, n'est d'évidence pas d'ici. J'assume. Comme vous je trouve fatiguant que tout soit interprété à travers le prisme du racisme.

@ Juste un être humain:

Ce que vous racontez me fait penser à mes voyages en Afrique du nord et subsaharienne. Le nombre de fois où l'on m'a demandé d'où je venais, dans quelle case me mettre, si j'étais riche, et les regards durant des minutes et des minutes sans un mot, comme si j'étais une bête curieuse, un animal de foire! Mais j'ai accepté, parce que pour eux j'étais différent et que la différence doit s'apprivoiser, donc se reconnaître et se respecter. C'est mon crédo.

Chacun dit les choses à sa manière. J'aurais pu me fâcher à voir combien je n'étais intéressant que pour ma couleur de peau, de ces questions identiques répétées à l'infini. Mais c'est ainsi. Nous venons tous de quelque part, parfois cela se voit plus que d'autres fois, cela dépend où nous sommes et avec qui. Les questions ne sont pas forcément malveillantes, excluantes, rejetantes, jugeantes. Elles sont la manière de chacun de s'exprimer. Elles montrent le chemin à faire pour s'apprivoiser. Et le racisme n'est pas toujours lié à la couleur de peau. Il suffit de voir comment Brhi-han me traite et salit mon nom systématiquement. Je crois même qu'il y a du plaisir chez lui à le faire. Voyez, on est toujours le mouton noir de quelqu'un, même de quelqu'un qui se prétend plus humain et moral que d'autres.

Écrit par : hommelibre | 10/10/2015

Il a un peu d’écume au coin de la bouche le brillant

Mais désolé je ne vous suis pas sur le terrain du "foot", ça ne m'interresse pas du tout, mais alors pas du tout. Je laisse ça aux hooligans et aux populistes.

Écrit par : Eastwood | 10/10/2015

@ Arnica: personne n'a parlé de racisme, personne n'a dit qu'il n'assume pas ses origines et il est encore moins question de couleur de peau.
Donc pour vous tous les suisses avec une autre origine qui ne veulent pas répondre à une question relative à leur provenance sont complexés et ne s'assument pas et ceux qui le font s'assument sans complexes...c'est une façon bien manichiéenne de voir les choses, surtout un jugement porté sur des personnes que vous ne connaissez même pas.
À l'évidence,vous avez lu l'article en diagonal et certains commentaires de travers, au vu de l'interprétation que vous en faites.
Je vous invite par conséquent à relire l'article et à garder vos bons conseils pour un autre article pour lequel vous serai dans le thème.

Écrit par : Juste un être humain | 11/10/2015

La population de Genève (et d'autres villes suisses) comptant par malheur 50% d'étrangers, poser ce genre de question est plutôt de l'ordre de l'anecdotique, de la curiosité, voire de...la drague. Tout cela étant plus ou moins lourd ou déplacé, on est bien d'accord.

Écrit par : JDJ | 11/10/2015

JDJ votre "La population de Genève (et d'autres villes "COMPTANT PAR MALHEUR" 50% d'étrangers(...) ?!


Ma belle-fille est brésilienne avec du sang africain qui coule dans ses veines.

Suissesse, bientôt, elle ne ressemblera pas à une femme de chez nous parce que, comme dirait Monsieur de la Palisse, elle vient "visiblement" d'ailleurs.

L'intelligence comprend entre autres ouverture d'esprit et curiosité.

Chaque personne qui la rencontrera quand bien-même une fois son passeport acquis se demandera de quel endroit du Brésil elle vient et lui posera la question sans qu'elle soit le moins du monde offensée.

Une production de confiserie s'appelle "bouchon vaudois"?
Quel vaudois s'en dirait vexé, offensé?
Plutôt agréablement flatté.

Autrefois nous mangions de délicieuses "têtes de nègres" ce qui, paraît-il, ne pouvait qu'offenser les Africains dont le berceau si je ne fais erreur est le fleuve Niger.

Niger d'où nègres.

Titrée de même une charmante page de Debussy: Le petit nègre.

Et alors, et pourquoi pas?
Ou, par le fait, ne plus jamais la présenter en audition?

Quelle offense?

En revanche honte pour le passé colonial, l'esclavage.

Mais, tout comme pour les nazis, les innocents d'aujourd'hui descendants de ces bourreaux n'ont pas à se culpabiliser ou laisser culpabiliser.

Nous sommes tous des êtres humains avec des origines différentes qu'il est inutile de vouloir nier.

Préjugés, schémas ou clichés (non exhaustif) tels sont les ennemis de l'homo sapiens.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11/10/2015

"À l'évidence,vous avez lu l'article en diagonal et certains commentaires de travers, au vu de l'interprétation que vous en faites."
J'ai lu et vu la même chose que Arnica. HL confirme ce point de vue. Vous êtes bien isolée dans votre vision, Juste un être humain qui a honte de ses origines ou est trop fière de sa différence. Par contre, je suis d'accord que poser ce genre de question à une inconnue dans un train est pour le moins incongru, pour dire les choses gentiment. Et pour généraliser un peu, les Suisses sont souvent assez balourds...

Écrit par : Géo | 11/10/2015

@juste un être humain: ce que j'ai compris à la lecture de cet article est que son auteur, tout comme vous, est agacée qu'on lui demande d'où elle vient, parce que sa tête n'est pas banale. Sachez que ça arrive tous les jours, tout le temps, à plein de monde et pas qu'aux personnes "noires avec des traits asiatiques". Votre réaction épidermique prouve bien que vous n'assumez pas de vous vexer pour ça.

Il y a fort longtemps, je mangeais dans un restaurant en Allemagne avec mes parents (nous ne sommes pas Allemands) et ma mère trouvait le serveur particulièrement beau. Ayant l'habitude qu'on lui pose la question à elle, elle lui a demandé d'où il venait. Il était très probablement Turc, mais comme vous, il a piqué la mouche et à répondu: "Je suis Allemand", agressant ma mère d'avoir eu l'outrecuidance de poser cette question. J'étais enfant, mais cette anecdote m'a énormément marquée. Je me suis demandée si tout le monde rêvait d'être un Allemand à la peau rose et, si oui, pourquoi. En effet, pourquoi le blanc est-il censé, même selon vous, être la seule bonne couleur?

Il y a des Suisses qui ont des noms hongrois, belges, islandais, vietnamiens, où est le problème? Pourquoi n'a-t-on pas le droit de demander à quelqu'un quel est son autre origine?

Ce que j'ai retenu de l'anecdote avec le Turc est qu'on ne peut avoir cette conversation qu'avec des gens à peau blanche. Racisme? À cause de qui?

Écrit par : Arnica | 11/10/2015

J'ajouterai que j'ai connu des gens qui s'appellent Britt, Lars, Nils ou Astrid, sans être le moins du monde Suédois. Leurs parents trouvaient que c'étaient des prénoms mignons. Ces gens passent leur vie à expliquer qu'ils ne sont pas Suédois et doivent maudire leurs parents de ne pas les avoir appelés Maëlle, Océane ou Mathis.

Autrement dit, c'est une conversation parfaitement normale - du moins entre blancs - que de demander D'où tu viens? C'est une façon d'avoir une conversation. Il ne faut pas forcément y voir une mauvaise intention, le besoin de mettre les gens dans des cases.

Un conseil aux parents, en passant: ne donnez pas des noms exotiques à vos enfants, ils devront passer leur vie à expliquer pourquoi. Même s'ils sont blancs.

Écrit par : Arnica | 11/10/2015

Le Suisse éprouve parfois le sentiment, il s'agit d'un "ressenti", c'est ainsi et personne n'y peut rien, qu'une personne naturalisée est désormais Suisse, certes, mais "sur le papier"!

Un peu comme il y a ceux qui passent leur permis de conduire et, selon où, sans avoir vraiment appris à conduire, ceux qui se "paient" leur permis.

Mais peu à peu les voyages toujours plus nombreux à l'étranger aidant... tout en attendant du nouveau venu qu'il/elle s'"intègre" en manifestant "visiblement" de l'intérêt pour le pays (de même qu'en poursuivant la démarche une fois le passeport obtenu!) ce ressenti a évolué et les jeunes entre eux sans problème (à part quelques-uns dignes descendants de parents obstinément "fermés"!) se lient d'amitié.

Encore à améliorer entre nous tous et les uns aux autres la solidarité.

Facile d'"aimer" les gens "comme nous"
Ou de flatter ceux qui sont "riches au as"!

Les bonnes relations, comme on sait, moment venu, aléas de la vie bon an mal an: "utiles"!

Sans parler du plaisir, en guise de compensation, de pouvoir se faire voir "avec" puissants ou artistes ou autres...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11/10/2015

@MB: Je confirme mon "par malheur", et sachez même que, suivant où, des guerres civiles ont éclaté pour des taux infiniment moins fous.

Vos histoires de tolérance et je ne sais quelle autre stupidité, ça ira donc.

(C'est un hasard que je réponde car j'ai vu votre message sur le mur des commentaires, mais je ne reviendrai pas).

Écrit par : JDJ | 11/10/2015

Je pense que la Suisse est un cas particulier lié à l'Histoire. L'origine est marquée dans nos carte d'identité, passeport,...
Etre suisse, ne nous défini pas complétement entre nous. Il y a le fait d'être romand, alémanique, tessinois. Puis on y ajoute nos origines, même si le canton d'origine nous est inconnu.

Ce n'est qu'au 19eme siècle que les frontières entre cantons sont tombées, ce qui peut expliquer l'importance l'origine.
Dans les conversations liées à notre "statut" de suisse, on ne manque pas d'expliquer notre origine, non comme exclusion de l'autre, mais comme un lien affectif qui nous lie à nos ancêtre.

Demander les origines est rarement un moyen de discriminer, mais un réflexe de la "suissitude".
Indépendamment de l'apparence, chaque suisse à sa case origine qui lui est lié, mais je comprend que la question peut être mal vécu.

Écrit par : Glob | 11/10/2015

@ JDJ Il est toujours avisé de ne pas empêcher ou saboter le dialogue y compris avec empathie.

Je précise en passant que quelqu'un écrit sous MB qui n'est pas moi.
J'avais choisi de signer par mes deux initiales mais par le fait que cette ou ces personnes ont choisi, sur un ou autres blogs, pour signer par ces mêmes initiales, je renonce et ne reconnais que ce qui est signé me concernant par mes prénom et nom de famille.

Je maintiens et confirme, JDJ, que nous manquons de solidarité ce avant même de penser à nos rapports des uns avec les autres étrangers. Juste solidarité entre Suisses. Pas question, de mon point de vue , de la solidarité prêchée par Mme Merkel et ses alliés.

Simple exemple le branle-bas de combat dès qu'il serait question d'adapter les primes de base de la LAMAL au revenu de chacun.

Mon fils Jean vous dit de venir habiter à Renens ce qui vous permettra de passer au moins de 50% à 60% d'étrangers...

Tout change tout le temps nous y compris.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11/10/2015

Ce genre de question peut servir à n'importe quoi, mais surtout à jeter le doute sur l'existence de ce qui est dénommé.
Je me souviens de la conclusion apportée par un professeur d'anglais à l'Université de Genève, il y a bien longtemps: après avoir énuméré et discuté les innombrables définitions de la notion de "poésie", il a proposé finalement que l'on s'en tienne à considérer comme de la poésie ce qui se trouvait sur le rayon étiqueté "poésie" à la bibliothèque.
N'importe quel terme ou notion peut être "déconstruit" depuis quelques dizaines d'années et donc théoriquement relégué dans une sorte de néant historique.
Si l'on y regarde de plus près, cependant, on peut toujours trouver des bénéficiaires à cette décontraction; ce sont généralement les tenants d'une idéologie que la ou les définitions traditionnelles embarrasse.

Écrit par : Mère-Grand | 11/10/2015

Marrants les propos de Goetelen. Il écrit un ou plusieurs billets par jour pour en résumé dire "je ne suis pas raciste" mais "les races existent". Il dit qu'il assume son nom "étranger" en Suisse mais il devrait plutôt une fois pour toutes et sans contorsionnes assumer son racisme.
Les races n'existent pas (suffit d'avoir un minimum d'instruction combinée avec un minimum d'intelligence pour le savoir), mais le racisme oui. Le racisme est l'expression de la mesquinerie de la personne raciste, de sa jalousie et de sa haine de l'autre comme une manière de compenser sa frustration personnelle.

Écrit par : Kasperle | 11/10/2015

"Les races n'existent pas (suffit d'avoir un minimum d'instruction combinée avec un minimum d'intelligence pour le savoir)"
Si vous, vous aviez un minimum d'intelligence, vous vous demanderiez pourquoi un couple de pygmées ne va pas avoir pour fils un blond genre scandinave...
Ce ne serait pas génétique, par hasard ?
Et si vous aviez un minimum d'instruction, vous sauriez que scientifiquement, on détermine cinq grands groupes humains. La bataille que vous faites, c'est de ne plus les appeler "races", pour les raisons exposées ne long, en large et en travers chez Goetelen. Et de façon argumentée, contrairement à vous...

Écrit par : Géo | 11/10/2015

@Géo

"Si vous, vous aviez un minimum d'intelligence, vous vous demanderiez pourquoi un couple de pygmées ne va pas avoir pour fils un blond genre scandinave..."

Désolé pour vous Géo, mais en l’occurrence c'est Kasperle qui dit juste. Saviez vous qu'il se peut facilement qu'un pygmée se révèle compatible pour faire don de son rein ou de ses cellules souches pour un scandinave donné et que ses voisins (tout aussi scandinaves) ne le seront pas ? Donc pour l'instruction faudra réviser, pour l'intelligence par contre ça..

Écrit par : Hhakke | 11/10/2015

prenons les phénotypes qui font référence en matière de "races humaine" la couleur de la peau .
la génération issue de parents hétérozygotes pour ces phénotypes "couple mixte noir/ blanc "ont des différences de couleur qui vont du "brun clair au presque noir."
De quoi confondre , le belge de service "je devrai écrire de sévices" qui tel Tintin revient du Congo.
Géo a écrit que les références de Langaney dataient d'avant le séquençage complet des humanoïdes associés.
Nous en sommes actuellement au concept de médecine personnalisée avec le séquençage d'un citoyen lambda qui serait atteint d'une tumeur et pour lequel on souhaite une chimiothérapie la plus adaptée.
Aucun je dis bien aucun de ces scientifiques new wave n'affirment que en dehors de considérations idéologiques pour ne pas dire politiques le concept de race s'applique à l'espèce humaine tant le mélange des gènes rend cette considération inopérante.
Noir ou blanc je vous laisse discuter avec le Zèbre du Cirque Knie , qui en sait plus long que moi.
Pour les autres je vous refile quelques noms de mecs autour de l'EPFL avec qui j'ai eu l'occasion de construire "des clones de souris" mais pas de Soeur Sourire.

Écrit par : briand | 11/10/2015

@Arnica,

Pendant un voyage en famille dans La Forêt Noire, en 1965-66 peut-être, te souviens-tu que des Allemands sont venus demander à nos parents, dans un bistrot:
"Comment se fait-il que des étrangers comme vous ayez pu adopter des enfants allemands ?"
C'était l'époque, où tout ça était moins explosif et nos parents ont en tout cas été fiers, que nous maîtrisions si bien la langue du pays, qu'on ait pu nous prendre pour des Allemandes.
Cela étant, notre mère n'est pas étrangère par son aspect extérieur, mais par un accent vraiment marqué et elle passe généralement pour Polonaise. Je crois que ça ne la dérange pas.

@juste un être humain,
Votre interlocuteur a été maladroit, intrusif et mal inspiré de vous interpeller ainsi devant tout le monde. Mal élevé aussi.
Avant de lire la description de votre couleur de peau, j'ai pensé que vous pouviez être Suédoise, parce qu'on me pose souvent la question. J'ai un air particulièrement scandinave, semble-t-il. ( Il est totalement standard que les gens ne distinguent pas les pays du Nord de l'Europe, la Suède vaut bien le Danemark et ainsi de suite.) Il faudra d'ailleurs que l'on se mette à jour : les Suédois peuvent être de toutes les couleurs de peau à présent.
La dernière fois qu'on m'ait posé la question en face, c'était à Dijon et la personne qui ne s'est pas contentée de la réponse "Je suis suisse" ,était un serveur de bistrot probablement d'origine antillaise française, au vu de son aspect physique.
J'ai fini par dire, que je devais faire partie d'une "minorité visible", parce qu'on me posait la question pour la deuxième fois en quelques heures ( c'était vraiment le cas !). Et ai fini par révéler mon origine de naissance en le félicitant pour sa perspicacité et il s'est excusé. Ca s'est terminé par des rires.
La scène s'est passée en petit comité, la question était posée avec une curiosité gentille, quoi qu'insistante. Comme c'était la deuxième fois qu'on me posait cette grave question, on peut supposer que les Nordiques sont rares à Dijon.

Il est tellement confortable de se fondre dans la masse, de passer inaperçue dans la foule. C'est une des raisons, pour lesquelles j'ai arrêté de voyager dans les pays lointains. Je n'aimais pas être regardée de la façon décrite par hommelibre ci-dessus.
Si en plus, on est jeune et jolie, ça devient carrément pénible.
A présent, je n'ai plus cet "handicap" et je pourrais songer à retourner dans des contrées, où je ne ferais pas partie de la majorité banale.

Écrit par : Calendula | 11/10/2015

Kasperlé, vous êtes dans une pensée clivante et dans le sophisme d'opposition. Soit on est contre, soit on est pour. C'est la pensée ou/ou. Ça n'est pas ma tasse de thé. Je cherche dans la ligne d'Edgar Morin à donner forme au et/et. Le clivage, on ne peut guère en attendre un avenir pacifique, au contraire. La différence, comment on la reconnaît et l'apprivoise est plus utile.

Vous vous permettez de penser à ma place et de me donner une injonction à me reconnaître ceci ou cela: exemple typique d'une volonté de domination. Je ne prends pas, je vous la laisse.

Le biologiste moléculaire Bertrand Jordan a relativisé la position de l'Unesco. Il reconnaît la notion de "groupes d'ascendance". Mais dénonce l'idée de races pures – et sur ce point la biologie semble avoir posé une borne durable. Les différences peut avoir des applications médicales, par exemple. Ou simplement identitaires, comme pour certains afro-américains qui recherchent leurs origines, leur "groupe d'ascendance". N'y aurait-il rien entre l'espèce et l'individu? Il semble que si, et cette zone sensible est intéressante à explorer, dépouillée des délires des théories raciales des XIXe et XXe siècles.

"la séparation de l’humanité en races qui sous-tend le racisme et la négation de diversité des groupes humains que véhicule un certain anti-racisme sont toutes deux des notions scientifiquement erronées"

www.marianne.net/elie-pense/Races-humaines-et-genetique-oui-mais-non_a412.html

Le clivage ne suffit pas à rendre compte du réel...

Racisme et reconnaissance de différences de groupes, de types, d'ethnies, ne sont pas identiques.

Écrit par : hommelibre | 12/10/2015

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