29/10/2014

« Le Festival Tous Ecrans cherche dans chaque partie du monde le meilleur » Emmanuel Cuénod.

Emmanuel Cuénod, Tous Ecrans, Genève, An African City,  Le festival Tous Ecrans ( 6 au 13 novembre 2014) a une particularité, il propose à la fois des films de cinéma mais aussi des séries télévisées et tous ces objets de culture digitale appelés transmedia, webseries etc. Ce festival international de films se tient tous les ans, à Genève. Il est à la fois un oeil dans ce qui s'est fait de plus traditionnel dans l'audiovisuel (films de cinéma), tout en ayant un oeil sur l'avenir, le présent : qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui avec des oeuvres qui sont des oeuvres complètement numériques qui circulent autrement, qui sont vues autrement, et qui sont produites autrement. Ce festival qui a fait de la quête de la qualité artistique son credo fête ses 20 ans ! Rencontre au Grütli, temple du festival, avec son nouveau directeur Emmanuel Cuénod,  critique de cinéma, journaliste et producteur de formation.

ContinentPremier.Com : Cette année, c'est la vingtième édition de Tous Ecrans, qu'est-ce que vous allez apporter de plus ?

Emmanuel Cuénod : « La vingtième édition, par définition ça nous permet de nous rappeler d'où on vient et me rappeler à moi aussi tout ce que le festival a fait, puisqu’ en ce qui me concerne il ne s'agit pas de la vingtième mais uniquement de la deuxième édition.

Pour cet hommage que nous allons rendre au festival depuis sa création, il ne s’agit pas d'aller regarder ce qu'on a fait pendant vingt ans mais de dire ce qui s'est passé exactement il y a vingt ans. Et bien il y a vingt ans, on s'est vraiment intéressé pour la première fois à ces liens entre le cinéma et la télévision.

La télévision qui était considérée à l'époque comme un objet de mépris, il ne fallait surtout pas en faire, les grands auteurs allaient s'y perdre. Le festival a montré que non, bien au contraire, il existe de grands auteurs à la télévision. Et c'est ce qu'on a voulu continuer cette année en allant beaucoup plus loin. On s'est dit aujourd’hui, évidemment qu'on a compris qu'à la télévision il y avait de très grands auteurs, les séries télévisées sont devenues des objets d'art à part entière.

Mais tout ce qu'on voudrait ajouter c'est toute cette dimension autour de la culture digitale, les objets oculus, par exemple ces lunettes qui nous permettent de voir en 3 dimensions et qui nous permettent de vivre complètement une réalité qui pour nous est une réalité cinématographique. Et bien typiquement pour la première fois, un festival va inviter cinq projets oculus et les festivaliers pourront aller à la rencontre de ces objets.

L'autre cadeau qu'on voulait se faire pour ces vingt ans, c'était de dire « Allons  trouver un nouveau lieu ». Un lieu qui serait un vrai lieu de fête pour l'audiovisuel, un vrai lieu où pendant huit jours on pourrait accueillir les festivaliers avec à la fois des salles de cinéma mais aussi des bars, des restaurants, des endroits pour faire la fête, un driving dans un jardin. On s'est dit, soyons un peu fous pour ces vingt ans, allons au bout de nos idées et offrons-nous le luxe de repenser complètement le festival.

Le festival se réjouit ainsi d’accueillir le public dans de nouveaux lieux qui seront une découverte pour tous les Genevois puisque aucun film n'a jamais été projeté, par exemple, dans le cadre de la maison communale de Plainpalais appelée théâtre Pitoëff. Voilà, c'est ça l'objectif. »

Et parmi ces nouveautés, il y a un regard sur l'Afrique avec son Sex and the City (An African City) et d’autres films plus une rétrospective en hommage au grand cinéaste Souleymane Cissé. Comment s’est faite la sélection ?

« Tout le travail de processus est assez différent s'il s'agit d'un film de cinéma, d'une oeuvre de télévision ou d'une oeuvre web transmedia, parce qu'on ne travaille pas avec les mêmes programmateurs. Mais c'est vrai qu'on a toujours en tête d'aller chercher dans chaque partie du monde le meilleur de ce qui se fait dans chacun de ces domaines. Vraiment, c'est un travail qu'on fait en toute conscience avec nos programmateur ».

Avec cette question pour telle région du monde, qu'est-ce qu'on a de qualité?

"Ce qui me tenait vraiment à coeur c'était de montrer que dans la webserie notamment, il pouvait y avoir des objets d'Afrique, d'Afrique subsaharienne,  qui étaient des objets importants, qui parlaient de la société africaine. Et là encore c'est peut-être un peu généraliste parce que là en l'occurrence ( ndlr An African City) il s'agit plutôt de la société ghanéenne, vue à travers, si je prends cette série en particulier, le regard d'une jeune femme qui revient des Etats-Unis et qui retourne dans son pays d’origine, ici dans la société ghanéenne.

Ce que je trouve formidable, c'est que ça montre très bien qu'il n'y a aujourd'hui aucune partie du monde où on n'a pas compris que la technologie numérique peut aider à la diffusion des idées. Des idées portées par un fort contenu artistique. C'était vraiment l'objet de mettre cette webserie parmi les treize webseries qu'on a en compétition. Parce qu'on est toujours très sélectif, c'est aussi une particularité de Tous Ecrans. Il y a beaucoup de festivals qui veulent en montrer beaucoup.

Pour nous, l'idée c'est toujours d'en montrer très peu mais avec une qualité supérieure. Nous sommes fiers d'accueillir dans le festival des webseries venant des quatre coins du monde  et qui sont toutes d'une qualité supérieure. »

Pour vous donc l’Afrique est bien entrée dans la mondialisation d’où « Stranded in Canton » que vous proposez à vos festivaliers ?

« Alors ça c'est un formidable film qui est moitié un documentaire moitié une fiction. Stranded in Canton nous a tout de suite séduits avec notre programmatrice cinéma parce qu'il portait un regard qui était un regard pour nous totalement nouveau. C'est une histoire assez simple : l'histoire d'un homme d'affaires à Canton qui a des petits problèmes avec des T-shirts qu'il doit racheter à quelqu'un. Et cet homme d'affaires qui est Congolais doit travailler à la fois avec des Chinois et des Libanais et quelque part à un moment donné le spectateur qui est occidental se rend compte que la seule population absente du film ce sont les Occidentaux. » 

Pourquoi cette population occidentale est-elle absente du film ?

« Et bien parce que sans doute on n'a plus nécessairement besoin d'occidentaux partout. Les Occidentaux ont pendant très, très longtemps rêvé qu'ils seraient toujours au centre du monde – une vision un peu solaire de l'Occident. Et aujourd'hui on s'aperçoit à travers le regard de cinéastes et un regard très aiguisé, en même temps très tendre, très subtil, que l'Occident n'est pas une fatalité, ni pour l'Afrique, ni pour la Chine ni pour le Moyen-Orient. L'Occident est une partie du monde comme une autre. »

Pour cette édition vous avez comme invité d'honneur le Canada. Pourquoi le Canada ?

« C'était un souhait que j'avais. Pour les vingt ans, il fallait absolument que nous trouvions un pays qui produise à la fois des oeuvres de cinéma d'un très haut niveau, à la fois des oeuvres de télévision dans une très grande tradition de ce que serait l'art à la télévision, et à la fois de la culture digitale. Si par exemple on réfléchit au nombre de pays qui ont mis au point des systèmes de financement qui pourraient aider la culture digitale également et pas uniquement la télévision et le cinéma, on n'en trouve pas beaucoup. Le principal, ça reste le Canada. Le Canada est un pays qui reflète parfaitement dans sa production du visuel la dynamique du festival Tous Ecrans. C'est un pays qui a été capable  aujourd'hui de réfléchir à la culture audiovisuelle numérique, de dire par exemple : « Aidons les séries web, aidons les projets transmedia, donnons de l'argent à ses créateurs et pas uniquement aux cinéastes traditionnels et aux réalisateurs de films et de séries TV. Voilà, on voulait rendre hommage à cette capacité du Canada à être en phase avec son temps, à regarder aujourd’hui le présent de l'audiovisuel, parce que nous c'est ce qu'on fait aussi, on regarde le présent de l'audiovisuel.

Propos recueillis par El Hadji Gorgui Wade Ndoye.

Profil : Emmanuel Cuénod, directeur du Festival Tous-Ecrans.

Journaliste et producteur de formation, Emmanuel Cuénod a occupé le poste de co-rédateur en chef de la revue professionnelle Ciné-Bulletin durant plusieurs années. Critique de cinéma et rédacteur culturel durant dix ans à la Tribune de Genève, il a également collaboré comme producteur avec la société de production romande Rita Productions et est intervenu régulièrement comme chroniqueur sur les ondes de la Radio Télévision Suisse. Il est aussi le fondateur d’In utero, structure de production spécialisée dans le développement de projets radicaux.

Passionné de créations cinéma et audiovisuelles, Emmanuel Cuénod a la volonté d’inscrire toujours davantage la manifestation dans la création contemporaine, et plus particulièrement de suivre de près les modes narratifs émergents des nouveaux écrans.  

« Le cinéma, la télévision et les nouveaux écrans sont aujourd’hui devenus les pièces maîtresses de notre puzzle visuel collectif. Ils ne sont ni comparables, ni imperméables les uns aux autres, mais offrent tous, à partir de leurs différentes possibilités techniques, des expériences narratives et esthétiques majeures aux spectateurs. Ce dont doit rendre compte le Festival Tous Ecrans, avec passion et gourmandise, c’est de l’incroyable force qui se dégage aujourd’hui de la création audiovisuelle dans son ensemble. ». 

 

Source : Site du Festival Tous Ecrans www.tous-ecrans.com

18:26 | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Gorgui Ndoye

Les commentaires sont fermés.