21/12/2011

Je te salue fils de Ngilann, toi Léopold Senghor, Noir, Français et Africain : il y a dix ans tu nous quittais !

senghor_noir_et_blanc05.jpgPoète-président, tirailleur sénégalais, catholique à la mère musulmane, premier noir agrégé de grammaire française et membre de l'Académie, la mémoire de Sédar, qui signifie celui que l'on ne peut humilier reste dans nos souvenirs, éternelle. Léopold Sédar Senghor, fils de Diogaye Basile et de Ngilaan Bakhoum fut le premier président du Sénégal indépendant.

Père de la jeune Nation sénégalaise, Senghor n'en était pas moins un fidèle à la France, ne dira -t-il pas dans ses envolées lyriques dont il a le secret : « Seigneur Dieu parmi les nations blanches place la France à la droite du Père. ». Senghor a lutté contre les préjugés raciaux, s'est intégré suffisamment dans la culture française jusqu'en en assimiler l'essence.

Je me rappelle (en fouillant à la Bu de l'assemblée française ses prises de paroles de 52 à 1958)  ses positions en tant que député noir français au Palais Bourbon quand il usait jusqu'à en abuser, avec si belle perfection, de la belle langue de Molière pour mettre au pas ses adversaires blancs sur des questions comme l'indépendance disons l'autonomie des pays d'Afrique et celle d'Algérie. Il était soldat dans l'armée française pendant que son pays devenu celui de Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa  était sous la domination allemande.

Le Sérère (une des ethnies) du Sénégal fut fait prisonnier. Au cachot ne cédant pas au désespoir il prit sa plume pour parler de la situation de maltraitance extrême des prisonniers Noirs.

La France est libérée et aux premiers rangs des bataillons étaient les Noirs d'Afrique et leurs frères du Maghreb. Lui comme tant d'autres pouvaient également espérer de la France plus de la reconnaissance comme l'avait promis De Gaulle! "La fidèle Afrique, comme l'appelait Senghor, serait sûrement récompensée pour avoir contribué à cette victoire et pour sa loyauté envers la France au temps du danger".

On gardera aussi de Senghor le Chef d'Etat qui pouvait être dur car il croyait à la magie du travail qui libère, il était un fin politicien qui face à l'adversité savait prêter une oreille attentive. C'est lui qui ouvrit la voie de la démocratie à son pays alors que le reste de l'Afrique noire était en majorité sous le joug de militaires ou autres dictateurs bien connus.

C'est encore Senghor, même s'il y a été aidé, qui quitta volontairement le pouvoir pour le céder à Abdou Diouf, l'actuel Secrétaire général de la Francophonie qui me confia un jour, à Genève, qu'il était fier de l'héritage de Senghor et qu'il l'assumait.

Senghor a laissé aux Sénégalais à défaut de le développer un pays enraciné dans de hautes valeurs culturelles et humanistes ouvert aux souffles du monde et profondément assis sur un socle de dialogue fécondant et de paix.

Alors que la stabilité proche et future du Sénégal interpelle chaque Sénégalaise et chaque Sénégalais à l'approche des élections présidentielle et législatives du mois de février prochain, le souvenir de Senghor en ce 20 décembre, date de sa mort, n'est qu'un viatique pour plus de vie et de joie au Sénégal.

El Hadji Gorgui Wade Ndoye, journaliste accrédité à l'ONU, direceteur du magazine panafricain www.ContinentPremier.Com

02:44 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : leopold senghor, abdou diouf, sénégal, france, poète, président d'afrique, tirailleurs, de gaulle | | |  Facebook | | | | Gorgui Ndoye

Commentaires

Un grand poète!

Écrit par : RM | 20/12/2011

Cet homme m'a beaucoup passionné, homme de culture et même homme politique...une référence pour moi. Léopold jokajel !!!

Écrit par : Oupa D LOPPY | 20/12/2011

Merci pour cet hommage vibrant que, je pense, tout honnête homme doit entonner de concert.
Et merci à Senghor et au merveilleux Abdou Diouf pour leur clairvoyance et leur foi en l'homme au-delà de(s) dieu(x). Leur successeur, je l'avoue, et l'idéologie mouride me sont moins sympathiques.
J'ai passé pas mal de temps dans ce merveilleux Pays, j'ai crapahuté de Saint-Louis à Zinguinchor en Jeep (le Joola venait de couler !). J'ai évité (autant que faire se pouvait !) de fréquenter ce que j'appelle les "blancs résiduels" qui, bien que nés au Sénégal, sont ennuyeux même quand ils n'en parlent pas.
J'ai eu quelques trous dans ma carrosserie en traversant la Casamance en guerre.
J'avais acheté, à Thiès, dans une librairie, "L'Empire peuhl du Macina", d'Hamadou Hampaté Ba dont tout le monde oublie qu'il est l'auteur de ce que l'on croit un proverbe: "En Afrique, un vieillard qui meurt, c'et une bibliothèque qui brûle".
J'y ai laissé mes Amis chers: Charles, Diola catholique et mal dans sa peau m'expliquant - un peu gêné - les subtilités du "cousinage de plaisanterie" qui permet des "vannes" de première grandeur mais... du "haut" vers le "bas" seulement ! Cela faisait bien rire Oumar, mon frère Peuhl à la mère Toucouleurs, fils de chef de village, guide improvisé et pauvre m'expliquant, à Gorée, que son père, outre une douzaine de femmes, possédait, en toute bonne conscience, quelques dizaines d'esclaves.
Je venais de m'engueuler (grave) avec le nouveau "guide officiel" de la Maison des esclaves qui m'avait traité d'"infidèle" et d'"hérétique" parce que je contestais sa façon cavalière de nier toute responsabilité arabo-africaine dans le trafic négrier.
Dieu(x?) que j'ai aimé ce pays et ses enfants. J'y retournerai sans doute mourir.
J'ignore si Messieurs Wade et Ndiaye seront réélus et, le cas échéant, sera-ce ou non un bien ? Il est bien difficile aujourd'hui, en Afrique ou ailleurs, de savoir si le vent qui vient porte ou non la semence de la Paix.
Merci en tous cas pour votre vision d'Africain "sérieux comme un enfant qui joue" dirait Cocteau...

Écrit par : Le Bret | 20/12/2011

Un des grands hommes du 20ème siècle!

Pour nos amis de la Tribune, un de ses poèmes:

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j’étais noir,
Quand j’ai grandi, j’étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.
Alors, de nous deux,
Qui est l’homme de couleur ?

Écrit par : ielshikh | 21/12/2011

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