12/11/2011

La mort de Socrate: mourir par respect des lois! Par André Hurst, ancien recteur de l'Université de Genève.

PrHurst.jpg"En effet, s'il peut arriver qu'on meure pour protester, et les exemples illustres ne manquent pas, il semble pour le moins inattendu de mourir par respect des lois." André Hurst.

J'ai le plaisir de partager ici avec vous la réflexion menée par l'ancien recteur de l'Université de Genève, le Pr André Hurst, à l'Occasion du festival de philosophie organisé par Guy Mettan, directeur exécutif du Club suisse de la presse à Genève. Un grand bravo au Pr Hurst qui honore tous les enseignants genevois et au delà pour son professionnalisme et sa générosité d'esprit.

" A première vue Socrate, le philosophe qui accepte de mourir et se fonde pour cela, si l'on en croit Platon, sur le respect des lois de sa cité, ce philosophe n'est pas une figure qui puisse prendre place dans la galerie des contestataires ou des réfractaires qu'on attendrait à l'occasion d'une thématique définie comme : "Résistance, révolte, quelle action?".

En effet, s'il peut arriver qu'on meure pour protester, et les exemples illustres ne manquent pas, il semble pour le moins inattendu de mourir par respect des lois.

Qu'on en juge plutôt : à près de 70 ans, au moment où sa cité d'Athènes vient de perdre non seulement une guerre, mais le sens même du projet qui provoquait cette guerre, Socrate se voit intenter un procès. On connaît mal les trois accusateurs, Mélétos, Anytos et Lycon, et l'on ne sait par conséquent rien des motifs qui les ont poussés. On sait cependant par Platon qu'ils se sont mis à trois pour pouvoir éventuellement faire face à un échec du procès. En effet, dans un cas comme celui-ci, lorsque l'accusateur n'obtenait pas au moins un cinquième des voix du tribunal, il était lourdement mis à l'amende (Ap.36a7-b2). Contenu de l'accusation : "Socrate est coupable de corrompre la jeunesse, de ne pas reconnaître les dieux de la cité et d'introduire des divinités nouvelles" (24b). C'est en tous cas l'accusation officielle, mais Platon souligne bien qu'il y avait une accusation plus ancienne et plus diffuse, qui tenait à une impopularité de Socrate et du milieu des intellectuels, impopularité qui explique, bien des années plus tôt, le choix de Socrate comme sujet de la comédie des Nuées d'Aristophane.

Sur ce point, Platon lui fait dire dans l'Apologie, discours que Socrate aurait prononcé à son procès : "Les accusateurs que je crains le plus sont ceux qui se sont emparés de vous depuis l'enfance et vous ont convaincus avec des contrevérités à mon sujet : il y aurait un certain Socrate, un intellectuel, qui raisonne sur ce qui se passe dans le ciel et fait des recherches sur tout ce qui est sous la terre, qui retourne un raisonnement faux pour le faire l'emporter sur un raisonnement juste" (Ap.18b4sq).

Selon les procédures habituelles à Athènes, il comparait devant des juges qui sont une émanation de l'assemblée "populaire" (entendez par là l'ensemble des citoyens masculins de condition libre), une assemblée qui cumulait ainsi les pouvoirs que nous nous ingénions à séparer : législatif, exécutif, judiciaire. Dans un cas comme celui de Socrate, on estime que cette assemblée de juges comportait 501 personnes..."

Suite en cliquant ici : http://continentpremier.com/?magazine=62&article=1778

Photo: le Pr Hurst au podium avec M. Guy Mettan ( Par Gorgui Wade Ndoye)

El Hadji Gorgui Wade Ndoye, journaliste accrédité à l'ONU, directeur du magazine panafricain www.ContinentPremier.Com

00:57 Publié dans Festival de Philosophie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : andré hurst, socrate, grec, philosophie, genève, mort, vie, résistance | | |  Facebook | | | | Gorgui Ndoye

Commentaires

Cela paraît un peu superficiel. Les règles religieuses de l'ancienne Grèce étaient beaucoup plus strictes qu'on ne le raconte, et on estimait que Socrate discourait d'une façon beaucoup trop personnelle sur les mystères: ce qui est dans le ciel et ce qui est sous la terre, comme il le dit lui-même. Rappelons que les particuliers qui à Delphes entraient dans le sanctuaire réservé aux prêtres et aux maîtres des mystères encouraient la peine de mort, et à Delphes, j'ai entendu dire qu'Esope avait été précipité du haut de la falaise surplombant le temple pour cette raison. On ne peut pas dire que Socrate se soumettait absolument aux lois, mais il n'y avait sans doute pas non plus de loi claire contre les discours publics qui développaient une vision personnelle de ce qui se trouve dans le ciel ou sous la terre, je ne sais pas.

Écrit par : RM | 12/11/2011

(On ne peut pas dire que Socrate soit mort par respect des lois, je ne crois pas!)

Écrit par : RM | 12/11/2011

Bonjour RM
Merci pour vos commentaires mais je pense qu'il faudrait lire attentivement tout le texte du Pr pour mieux saisir sa pensée précisément afin de lui apporter une critique bien fondée.

bon week end

Écrit par : gorgui ndoye | 12/11/2011

Mourir par respect des lois: A gerber car trop juste et juste en exergue:

Par respect des lois, nos TV & reportages nous montrent ces africains hébergés et résidents de Carouge, de toute évidence sans bagage professionnel, en passe d'obtenir une nationalité suisse

où l'on voit ces africains, citoyens en devenir, aux taquêts et prêts à défendre leur "bout de viande" pour leurs enfants, à l'encontre de tout autre citoyen même suisse,

réfugiés préservés de par les supports sociaux qui leurs ont été octroyés,
tout en ne sachant rien de la Suisse,
restant africain incapable de parler français
en passe d'obtenir un passeport de citoyen suisse,

à force de résider en Suisse aux frais des contribuables

Sauf qu'au travers de telles attributions de citoyenneté, de droit & autre permis de séjour, Genève et canton, pourtant déjà enclavé entre le 01 et le 74, se retrouve sans suisses, sans âme.

Où cet africain venu en Suisse sans papier, devenu carougeois grâce aux circonstances favorisantes, obtiendra tout, du MCG etc

Où tout suisse se retrouve rejeté, tout en devant payer pour l'insertion de ces africains, leurs formations, leurs enfants, leurs logements,
& etc.

Écrit par : graphycs | 12/11/2011

Gorgui, j'ai lu tout ce que vous avez restitué. Mais j'ai l'habitude des professeurs d'Université, vous savez: j'étais à la Sorbonne. En général, Socrate est présenté comme donnant raison à l'honnête homme qui respecte les lois, à la mode romaine. C'est une vision assez superficielle, mais assez commode aussi. C'est comme une grâce couronnant la soumission citoyenne aux lois, en quelque sorte. Car Socrate irradie de façon profondément spirituelle, aussi.

Écrit par : RM | 12/11/2011

"(On ne peut pas dire que Socrate soit mort par respect des lois, je ne crois pas!)"

Il est dit qu'il aurait pu s'échapper après sa condamnation à mort, mais qu'il est resté par respect des lois... Mythe ou réalité, allez savoir.

Écrit par : Johann | 12/11/2011

Je pense que c'est la vérité, mais ce n'est pas cela qui lui a valu la condamnation à mort. Au reste j'avais oublié ce détail, que j'ai lu dans Platon, et que je crois vrai, mais l'article ci-dessus évoque plutôt les motifs de sa condamnation. Socrate dit effectivement que s'il s'évade, il donnera un mauvais exemple, et que de toute façon il doit être heureux de mourir, parce qu'il va rejoindre les dieux.

Écrit par : RM | 13/11/2011

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